Il y a des visages qui accrochent la lumière et d’autres qui la laissent filer. La différence se joue rarement sur le nez ou sur les yeux : elle tient à une ligne, celle qui court de l’oreille au menton. Les Anglo-Saxons l’appellent la jawline. Elle sépare la tête du cou, structure tout l’étage inférieur du visage et signe, en une fraction de seconde, une impression de solidité. Quand elle s’estompe, quand le menton part en arrière et que l’angle de la mâchoire se noie dans les tissus, le portrait entier perd de son autorité sans qu’on sache vraiment pourquoi. On se trouve fatigué sur les photos, un peu empâté, alors que la balance n’a pas bougé.
Pendant longtemps, ce contour a été rangé au rayon des fatalités génétiques, à côté de la calvitie et de la taille des mains. C’est de moins en moins vrai. La médecine esthétique masculine a fait du bas du visage l’une de ses demandes les plus courantes, devant les rides du front, et l’injection acide hyaluronique s’y impose comme l’outil le plus direct pour redonner une arête là où il n’y en a plus. Dans les centres spécialisés, les hommes qui poussent la porte pour ce motif ont souvent entre trente-cinq et cinquante-cinq ans, font du sport, surveillent leur alimentation, et ne comprennent pas pourquoi leur profil ne suit pas.
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